Un tournant historique pour les médias guinéens. L’ensemble des associations de la presse privée de Guinée s’est réuni en Assemblée générale constitutive ce jeudi 8 octobre 2026 à Conakry pour donner naissance à la Fédération Patronale des Associations des Profesdionelles de la Presse de Guinée (FEPAPGUI). À l’issue des travaux, Amadou Tham Camara a été élu pour présider aux destinées de la toute première organisation patronale du secteur.
Soutenue par la Confédération Générale des Entreprises de Guinée (CGEG), la Haute Autorité de la Communication (HAC) et le ministère de l’Information et de la Communication, cette nouvelle entité vise à structurer et assainir l’écosystème économique des médias guinéens.
La rédaction vous propose l’intégralité du discours d’investiture prononcé par le tout premier président de la FEPAPGUI, Amadou Tham Camara.
Discours du Président de la FEPAPGUI, Amadou Tham Camara
Chers congressistes, distingués invités, mesdames et messieurs,
C’est avec une profonde émotion, mais surtout avec un grand sens de la responsabilité, que je prends aujourd’hui la parole à l’occasion de la création de la Fédération Patronale des Associations de la Presse de Guinée (FEPAPGUI) et de notre prise de fonction.
Au nom du Conseil d’administration de la FEPAPGUI, je voudrais, avant toute chose, remercier celles et ceux qui ont rendu possible cette étape historique. J’adresse une mention particulière à la Confédération Générale des Entreprises de Guinée (CGEG), qui a accompagné et porté le processus de restructuration et de rapprochement des organisations professionnelles de la presse ayant conduit à la naissance de cette fédération patronale sectorielle.
Je salue particulièrement les responsables de la CGEG et la commission de restructuration du patronat pour leur disponibilité, leur écoute et leur engagement en faveur de la consolidation du patronat guinéen. Mes remerciements vont également à la Haute Autorité de la Communication (HAC), à l’Inspection Générale du Travail et au ministère en charge de la Communication.
Je remercie enfin toutes les organisations professionnelles de presse qui ont accepté de dépasser leurs différences, leur histoire et parfois leurs intérêts particuliers pour construire un espace commun. Cette démarche mérite d’être saluée : lorsqu’un secteur décide de s’unir pour défendre ses intérêts collectifs, il ne renonce pas à sa diversité, il transforme sa diversité en force.
Refonder la presse guinéenne sans altérer sa liberté
Mesdames et messieurs,
À l’instar des autres pouvoirs de la République et des composantes essentielles de la vie nationale, le quatrième pouvoir devait lui aussi faire sa mue et engager sa propre refondation.
Cette refondation ne signifie ni une uniformisation de la pensée, ni la disparition de la pluralité, ni l’affaiblissement de la liberté éditoriale. Elle signifie au contraire davantage de responsabilité, de professionalisme, de solidarité et surtout de structuration.
Depuis l’avènement du pluralisme médiatique en Guinée, la presse a joué un rôle considérable dans la construction de notre démocratie, l’information des citoyens, le débat public et la défense des libertés. La liberté de la presse demeure l’un des acquis fondamentaux qu’il nous appartient collectivement de préserver.
Je voudrais à ce titre saluer les plus hautes autorités de notre pays, et notamment le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, pour la place accordée aux principes de la liberté de la presse dans notre ordre constitutionnel, pour le don des Maisons de la presse à Conakry et à l’intérieur du pays, pour l’équipement de la Maison de la presse de Conakry, et pour la nomination de plusieurs dizaines de journalistes à de hautes fonctions.
Mais nous devons avoir le courage de le reconnaître : la liberté de la presse ne peut pas être durable si les entreprises de presse qui la portent ne sont pas elles-mêmes économiquement viables, juridiquement protégées et professionnellement solides. C’est là l’une des raisons d’être fondamentales de la FEPAPGUI.
Des entreprises à part entière, pas entièrement à part
Mesdames et messieurs,
Nous devons désormais changer de regard sur nos structures. Les entreprises de presse sont des entreprises à part entière, et non des entreprises entièrement à part. Elles investissent, recrutent, forment, paient des salaires, contribuent à la création de richesses et supportent des charges fiscales, sociales, technologiques et opérationnelles. Dans le même temps, elles rendent un service essentiel à la collectivité : informer les citoyens.
Cette double nature doit être prise en compte dans les politiques publiques. Parce qu’elles rendent un service d’intérêt général, les entreprises de presse doivent pouvoir bénéficier, dans le respect de la législation nationale, d’un environnement économique, financier et fiscal adapté à leur réalité.
Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons de l’équité, de la prévisibilité et un cadre permettant aux entreprises de vivre de leur travail.
Nous voulons une fiscalité adaptée, un marché publicitaire plus transparent et une attribution de la publicité institutionnelle basée sur des critères objectifs, transparents et vérifiables. Nous voulons favoriser l’accès des médias au financement, protéger les contenus produits par les journalistes et engager le dialogue avec les grandes plateformes numériques. Nous voulons accompagner nos entreprises dans leur transformation numérique et dans l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle. Ce que nous voulons surtout, c’est que la presse puisse créer davantage d’emplois décents et durables.
Dialogue social et signature imminente de la Convention collective
Mesdames et messieurs,
La FEPAPGUI ne sera pas un syndicat de revendications permanentes. Elle sera une organisation patronale de propositions, de négociations, de représentation et de développement. Elle sera un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, des partenaires sociaux, des organisations patronales et des institutions nationales et internationales.
À cet égard, je m’adresse particulièrement à nos partenaires sociaux, notamment les organisations syndicales de la presse. La création de la FEPAPGUI ne remet nullement en cause le rôle et la légitimité des syndicats. Au contraire, le patronat et les syndicats ont vocation à être des partenaires pour construire un secteur mieux organisé et plus protecteur.
Je veux rassurer solennellement les travailleurs de la presse et leurs représentants : la Convention collective de la presse est au cœur de nos préoccupations et sa signature est imminente.
Nous voulons parvenir à cette signature dans un esprit de responsabilité et de dialogue, en recherchant l’équilibre entre la viabilité des entreprises et la protection des journalistes, techniciens et administrateurs. Une entreprise économiquement forte doit pouvoir offrir des conditions de travail dignes, qui contribuent à leur tour à la crédibilité de l’entreprise.
Innover et ne laisser aucun média en marge
Mesdames et messieurs,Notre secteur est confronté à une évolution technologique sans précédent. L’intelligence artificielle transforme la production et la consommation de l’information. Dans ce nouvel environnement, la survie des médias ne peut plus reposer sur la seule bonne volonté de leurs promoteurs. Nous devons créer de nouveaux modèles économiques, mutualiser nos services et produire des données fiables sur notre secteur.
C’est pourquoi les statuts de la FEPAPGUI prévoient la création d’un Observatoire Économique des Médias, chargé de collecter les données du secteur, de suivre le marché publicitaire, d’analyser l’emploi et de publier périodiquement un état des lieux des médias en Guinée.
La FEPAPGUI sera également une organisation de solidarité. Nous ne voulons pas d’une presse à deux vitesses : une presse de Conakry équipée d’un côté, et des médias de l’intérieur abandonnés de l’autre. Nous mettrons en place des points focaux régionaux pour intégrer pleinement les médias de l’intérieur du pays.
Sa crédibilité reposera sur sa propre gouvernance. Notre fédération sera placée sous le signe de la transparence, de la redevabilité et de la bonne gouvernance, avec un commissariat aux comptes indépendant et la reddition annuelle des comptes.
Un appel à l’unité patronale et un partenariat avec l’État
J’appelle mes collègues dirigeants d’entreprises de presse à l’unité. Nous restons concurrents sur le terrain éditorial et commercial, mais sur les questions de fiscalité, de publicité, de droit d’auteur ou de liberté de la presse, nous devons parler d’une seule voix. La concurrence est saine ; la division est dangereuse.
Aux pouvoirs publics, nous proposons de construire un partenariat. Nous ne voulons pas d’une presse qui renonce à son rôle de contre-pouvoir. Nous voulons une presse qui assume sa responsabilité de quatrième pouvoir, et un État qui considère les entreprises de presse non pas comme des adversaires, mais comme des acteurs économiques et sociaux indispensables.
Nous proposons aujourd’hui de sceller un nouveau pacte fondé sur la liberté, la responsabilité, le dialogue, la transparence et la confiance.
La FEPAPGUI est née, il nous appartient désormais de lui donner une âme, une vision et des résultats. Une presse libre doit être une presse responsable. Une presse responsable doit être une presse professionnelle. Une presse professionnelle doit être économiquement viable. Et une presse économiquement viable peut mieux servir la Guinée et les Guinéens.
Je vous remercie. »
Par la rédaction de flammeguinee.com
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