Comprendre la politique étrangère de la Guinée, souveraineté, non-alignement et droit international. La tendance persistante de certains détracteurs à remettre en question l’acceptation par la Guinée d’équipements militaires en provenance de la Fédération de Russie révèle un problème plus profond auquel l’Afrique est confrontée depuis des décennies : la conviction persistante selon laquelle les États africains devraient justifier leurs décisions souveraines auprès des anciennes puissances coloniales.
Le Président Mamadi Doumbouya a clairement abordé cette question lors de son discours historique devant l’Assemblée générale des Nations Unies en 2023, lorsqu’il a déclaré :
« La Guinée n’est ni pour la France ni contre la France, ni pour l’Amérique ni contre l’Amérique, ni pour la Chine ni contre la Chine, ni pour la Russie ni contre la Russie, ni pour la Turquie ni contre la Turquie. »
Cette déclaration n’était pas une ambiguïté diplomatique. Elle constituait une affirmation profonde de la souveraineté et du non-alignement — des principes pleinement reconnus par le droit international et par la Charte des Nations Unies. Conformément à l’article 2(1) de la Charte des Nations Unies, tous les États sont souverains et égaux. Aucun pays — qu’il soit puissant ou faible, ancien colonisateur ou ancienne colonie — ne possède l’autorité juridique d’imposer à un autre État souverain ses partenariats de défense, ses arrangements sécuritaires ou ses relations extérieures.
La Guinée dispose donc du plein droit juridique et moral de coopérer avec la Russie, la Chine, la Turquie, les États-Unis, la France ou toute autre nation, exclusivement sur la base de ses intérêts nationaux. L’indignation suscitée par la coopération militaire entre la Guinée et la Russie met en lumière une contradiction troublante dans le discours international. Les nations occidentales elles-mêmes entretiennent de vastes alliances militaires, accords d’armement et partenariats stratégiques à travers le monde, sans jamais être contraintes de les « justifier » politiquement.
La France vend des armes à l’international. Les États-Unis maintiennent des bases militaires à travers le monde. Les membres de l’OTAN coopèrent ouvertement dans les affaires militaires. Pourtant, lorsqu’une nation africaine diversifie ses partenariats, cela devient soudainement « controversé ». Pourquoi la Guinée devrait-elle être privée des mêmes libertés souveraines que les grandes puissances exercent chaque jour ?
Les principes de non-ingérence et d’autodétermination ne sont pas des privilèges réservés aux États occidentaux. Ce sont des normes universelles réaffirmées à plusieurs reprises par la Résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations Unies relative à l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, ainsi que par la Résolution 2625 concernant les relations amicales entre les États.
La Résolution 2625 affirme explicitement que chaque État possède le droit souverain de choisir librement son système politique, économique, social et culturel sans ingérence extérieure. Cela inclut la politique de défense. Cela inclut les partenariats stratégiques. Et cela inclut la coopération militaire.
La position du Président Doumbouya reflète un éveil géopolitique africain moderne : l’Afrique n’accepte plus d’être enfermée dans les logiques binaires de la Guerre froide ou dans les attentes néocoloniales. La posture non alignée de la Guinée n’est ni anti-française, ni anti-américaine, ni anti-occidentale. Elle est pro-guinéenne et profondément ancrée dans la souveraineté nationale.
C’est précisément l’esprit qui inspira autrefois le Mouvement des non-alignés durant les luttes contre la domination coloniale : la conviction que les nations en développement ne devraient pas être contraintes d’intégrer des blocs géopolitiques contrôlés par les grandes puissances. La politique étrangère actuelle de la Guinée n’est donc ni radicale ni illégale. Elle reflète l’évolution d’un ordre international multipolaire dans lequel les nations souveraines construisent des partenariats fondés sur le respect mutuel, la nécessité stratégique et la dignité nationale.
Ceux qui exigent que la Guinée explique pourquoi elle a accepté des équipements militaires russes devraient d’abord répondre à une question plus fondamentale :
Depuis quand la souveraineté africaine est-elle devenue conditionnelle ? La Guinée ne doit aucune excuse à quelque capitale étrangère que ce soit pour défendre son intégrité territoriale, renforcer sa sécurité nationale ou diversifier ses partenariats internationaux. Un système international véritablement égalitaire ne peut célébrer la souveraineté des grandes puissances tout en remettant simultanément en cause celle des nations africaines.
L’avenir de l’Afrique ne sera pas construit sur la dépendance, la permission ou l’obéissance géopolitique. Il sera fondé sur le libre choix souverain, l’indépendance stratégique et le respect mutuel entre les nations.
Et la Guinée a pleinement le droit de faire ces choix en toute liberté.
« Défendre ma patrie, l’Amérique, représente pour moi un acte de courage, de patriotisme et de fierté nationale ; mais défendre la Guinée — ce pays de destinée et d’hospitalité — constitue un acte de vérité, de justice et de responsabilité humaine. Ma loyauté envers l’une ne diminue en rien le profond respect que je porte à l’autre. Bien au contraire, ces deux nations vivent en moi comme les symboles des valeurs qui façonnent mon identité : la force d’honorer mes origines et l’humanité de défendre ce qui est juste partout où je me trouve. »
« Et pour moi, défendre ces valeurs est “Ni conditionnel ni négociable”. »
Dr. David Makongo






