Au Tchad, au lendemain de sa libération, l’ancien Premier ministre et opposant Succès Masra, gracié vendredi 14 août par le président Mahamat Déby Itno, a retrouvé ses partisans samedi soir au siège de son parti Les Transformateurs, en présence de plusieurs organes de presse. L’occasion d’exposer ses intentions pour l’avenir, même s’il demeure inéligible.
Au lendemain de sa libération, Succès Masra a pris la parole au siège de son parti Les Transformateurs à Ndjamena. L’ancien Premier ministre et opposant tchadien, qui avait été condamné en août 2025 à 20 ans de prison dans l’affaire de Mandakao pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre », a également livré sa toute première interview à nos confrères de France 24.
Comment se porte-t-il et quel est son état d’esprit ? C’est la première question, naturellement, que tout le monde se pose après plus d’un an de détention. « Je retrouve la liberté plein d’espérance et tourné vers l’avenir. C’est dans cet esprit que je suis avec vous. C’est un jour de grâce et j’espère que ça va être transformé en des décennies de grâce pour le peuple tchadien », a-t-il répondu.
Et de grâce, c’est justement ce dont il s’agit ici. Le chef des Transformateurs a en effet bénéficié d’une grâce présidentielle et non d’une amnistie. Il reste donc inéligible pour l’heure. « Le président Mahamat sait que ma place n’était pas en prison, mais il aurait pu m’y laisser. Il a choisi de me libérer, a-t-il souligné. Il sait que je serai très utile à ce pays en dehors de là où on m’a envoyé, et donc ma préoccupation c’est l’avenir. »
« Nous pouvons bâtir quelque chose de solide »
L’avenir comme préoccupation, mais sous quelle forme ? Peut-être celle d’un retour au gouvernement, alors que Succès Masra a déjà été Premier ministre durant la transition. Il n’exclut en tout cas manifestement pas cette hypothèse. Il dit même avoir suggéré la formation d’un gouvernement d’union. « Le président lui-même m’a répondu qu’il a accepté lui-même l’idée d’une commission paritaire pour le dialogue mais il faut aller plus loin, a-t-il affirmé. Nous sommes un pays de régime présidentiel donc le véritable pouvoir est au niveau de l’exécutif. En tant que chef de l’État, il peut décider de mettre en place un gouvernement d’union et de changement dans lequel l’ensemble des Tchadiens pourront se retrouver. »
On le comprend donc avec cette interview : le chef de file de l’opposition tchadienne envisage un avenir politique mais la balle est désormais dans le camp de la présidence.
« Devant nous il y a cinq ans où nous pouvons avoir une sorte de trêve politique et nous pouvons en cinq ans, avec tous les Tchadiens – pas le président de la République, lui seul, et moi, mais avec tous les autres, ceux qui viennent de sortir de prison, ceux qui sont à la diaspora et les autres –, nous pouvons bâtir quelque chose de solide en hommes d’État capables d’apporter des solutions pour l’avenir. (…) Il faut faire en sorte que nous puissions aller vers ce chemin-là. Vous voyez la joie que les Tchadiens ressentent rien que de ces libérations. Imaginez que nous allions un peu plus loin… Je suis un homme d’espérance. Je pousse les portes pour faire en sorte que les incompréhensions cessent et que finalement, nous ouvrions les portes et que nous libérons les énergies du Tchad. »






