Le Centre Culturel Franco-Guinéen (CCFG) a servi de cadre ce mercredi, 1er juillet 2026, au lancement officiel du programme de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel de la République de Guinée. Placé sous la présidence d’honneur de Monsieur Moussa Moïse Sylla, Ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, cet événement historique est le fruit d’une synergie d’action avec le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD).

Ce projet d’envergure nationale ambitionne de doter la Guinée de son identité culturelle, de dynamiser le tourisme, de consolider la cohésion nationale et de renforcer la connaissance de soi, le tout propulsé par les outils modernes de l’intelligence artificielle.

​Une forte mobilisation institutionnelle et culturelle

Première du genre dans le paysage culturel guinéen, la cérémonie a mobilisé de grandes figures de l’État et du monde universitaire, notamment la Dre Diaka Sidibé, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, ainsi que l’Ambassadeur de France en Guinée et Sierra Leone. Le monde de la recherche y était massivement représenté par les étudiants et les cadres des universités du pays.

​En marge des allocutions, une convention de partenariat a été signée entre le CIRD et l’Académie des Sciences de Guinée, représentée par M. Mamadou Aliou Baldé, pour poser les bases scientifiques du projet.

​La culture en fête : Entre tradition et défilé historique

​Pour immortaliser ce lancement, les arts de Guinée ont été mis à l’honneur. Le public a vibré au rythme de la troupe Djembéfola de la Haute-Guinée à travers la traditionnelle danse des hommes forts, le Doundoumba, suivie d’une prestation de la troupe du Fouta-Djallon et de lectures de slams. Un défilé historique des rois a également captivé l’assistance, mettant en valeur la chefferie traditionnelle guinéenne et la richesse du textile local.

Les quatre coordinations régionales du pays (Guinée Forestière, Basse-Guinée, Moyenne-Guinée et Haute-Guinée) ont unanimement proclamé leur soutien indéfectible au projet, rappelant le mot célèbre du premier président, Ahmed Sékou Touré : « Un peuple se définit par sa culture. »

​Dre Safiatou Diallo (CIRD) : « Construire la première mémoire scientifique et numérique du patrimoine guinéen »

​Dans son allocution de bienvenue, la Directrice du CIRD, Dre Safiatou Diallo, a rappelé l’urgence d’une telle initiative pour pallier le manque de données fiables en Guinée.

​« Comment planifier si on ne connaît pas précisément ce que l’on possède ? Comment protéger ce qui n’est pas identifié ? Un pays sans politique culturelle avance aveuglément. »

La directrice a souligné que l’ambition du programme est immense mais essentielle : bâtir, de concert avec les communautés locales, une base de données qui servira tant aux décideurs, chercheurs et enseignants, qu’aux artistes et aux générations futures.

​Ministre Moussa Moïse Sylla : « La technologie doit devenir l’alliée du griot, et non son remplaçant »

​Prenant la parole, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a d’abord salué le leadership de la « guerrière » Dre Safiatou Diallo et le soutien constant du PNUD. Il a inscrit ce programme au cœur de la vision étatique Simandou 2040, impulsée par le Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, qui fait de la culture un levier de souveraineté et d’économie.

Le ministre a alerté sur l’urgence de collecter la mémoire orale guinéenne avant qu’elle ne disparaisse avec la mort des anciens. Abordant le virage numérique, il s’est voulu rassurant : ​« Nous ne confions pas notre mémoire à la machine pour remplacer nos anciens, mais pour que leur parole ne meure jamais. Pendant des siècles, le griot a été notre bibliothèque vivante. Aujourd’hui, la technologie doit devenir son alliée, et non son remplaçant. »

​Diplomatie culturelle et inscriptions à l’UNESCO

​Évoquant sa récente mission en France au Musée de l’Armée, le ministre a partagé son émotion d’avoir approché le Coran et les artefacts militaires de l’Almamy Samory Touré. Il a réitéré la volonté du gouvernement de mener une diplomatie culturelle forte pour le retour de ces biens dans le respect mutuel.

​Enfin, M. Sylla a insisté sur la rigueur scientifique qu’apportera ce projet pour les futures candidatures de la Guinée à l’UNESCO, notamment pour l’inscription du patrimoine immatériel à l’image de la Mamaya de Kankan ou du Kania Soli.

​Le document final issu de ce recensement à l’échelle nationale constituera, selon ses mots, la « bible culturelle » indispensable pour prémunir la jeunesse guinéenne contre l’érosion identitaire.

​Par Younoussa Bangoura, pour flammeguinee.com

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